Author: Des facultés sur le front du droit

La guerre des juristes

La guerre des juristes

19 juillet 20184 novembre 2021 Des facultés sur le front du droitLa guerre des juristes La faculté de droit de Paris dénonce la violation du droit des gens par l’Allemagne Dès le début de la Grande Guerre, les professeurs de la faculté de droit de Paris ont dénoncé la «  violation de tous les principes  » du droit des gens par les Allemands, notamment l’atteinte portée à la neutralité de la Belgique qui était garantie par des traités auxquels avait souscrit la Prusse. Le chancelier Bethmann-Hollweg, «  descendant d’un des professeurs de droit les plus connus de l’Allemagne  » (Moritz Bethmann-Hollweg, un des disciples de Savigny) n’avait-il pas dit que «  les traités ne sont que des chiffons de papier  »  ? Cette «  parole impie  » fut rappelée par le doyen Larnaude lorspour lire la suite…

La neutralité interrogée

Léon Duguit, la science allemande et la Grande Guerre

Pierre Marie Nicolas Léon Duguit, nait le 4 février 1859 à Libourne, en Gironde. De brillantes études, tant dans le secondaire qu’à l’université, lui permettent l’obtention du titre de docteur à vingt-deux ans. Grâce à une dispense d’âge, il est agrégé l’année suivante. Il enseigne l’histoire du droit à Caen, avant de revenir sur Bordeaux en novembre 1886. Il y fait la rencontre du sociologue Émile Durkheim, qui influencera fortement sa pensée juridique, en la teintant de sociologie juridique. En parallèle à son enseignement, Duguit s’engage en politique. Il se réclame du courant « solidariste » de Léon Bourgeois, représenté à Bordeaux par Durkheim. Selon Duguit, le juriste détient un rôle social, celui de « guide » à l’égard du législateur du fait de ses découvertes de lois sociales.pour lire la suite…

La neutralité interrogée

La perception de la science allemande au sein de l’université bordelaise, durant la Grande guerre

Le 8 décembre 1870, Bordeaux, ville de province excentrée des combats qui opposent la France aux puissances allemandes, accueille dans ses murs la délégation du gouvernement durant deux mois. Son éloignement du front est un atout, auquel s’ajoutent ses bonnes relations avec l’Angleterre, lui permettant de se procurer du matériel nécessaire à l’effort de guerre. C’est à cette période que la faculté de droit de Bordeaux – « grande oubliée » de l’Université impériale napoléonienne – ouvre de nouveau ses locaux après presque un siècle de vide total, de 1792 à 1870, et cela, malgré la demande répétée du barreau de Bordeaux pour obtenir sa réouverture. Mais elle n’assume véritablement ses fonctions qu’au milieu de l’année 1871, bien après le départ du gouvernement donc. La guerre de 1870pour lire la suite…

La neutralité interrogée

Les discours du doyen Maurice Hauriou (1914-1919)

Le samedi 18 juillet 1914, vingt jours après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, l’année universitaire s’achève à la faculté de droit toulousaine. En milieu d’après-midi, le conseil est présidé par le doyen Maurice Hauriou (1856-1929). On débat en trente minutes des candidatures à la chaire vacante de droit romain ainsi que de la répartition du produit des conférences facultatives. L’assemblée de la faculté se réunit ensuite pour attribuer les récompenses des concours de fin d’année, du règlement des cours libres et de la fondation Maurice-Garrigou. Étudiants et enseignants peuvent encore profiter de quelques journées paisibles avant d’être emportés par le tumulte de la guerre. Le mercredi 25 novembre 1914, le conflit européen est désormais présent au sein des débats des organes de la faculté. L’assemblée connaît des questionspour lire la suite…

La neutralité interrogée

Les discours du doyen Larnaude

Dans sa livraison de 1900, la Revue internationale de l’enseignement (RIE) retranscrit un discours du doyen Ernest Glasson (décanat 1899-1906) prononcé à l’occasion de la remise des prix de la faculté de droit. Le propos sur le développement de l’enseignement dans la faculté de droit de Paris  au xixe siècle se conclut sur des perspectives d’un avenir espéré pour l’institution  : «  Que notre chère École continue sans interruption sa marche progressive, et que pendant ce vingtième siècle qui sera peut-être une époque de luttes formidables, elle reste, par la fermeté inébranlable de ses doctrines, un des représentants de la science les plus autorisés du Droit contre les abus de la force. Que la France remplisse sa mission en s’inspirant de l’esprit moderne, sans renier son passé,pour lire la suite…

La neutralité interrogée

« Les Allemands, ces barbares » : coup d’œil sur l’opinion de certains juristes

Le parti pris ici est celui de jeter quelque lumière sur les juristes qui, durant la Première Guerre mondiale, ont relayé un discours hostile à l’Allemagne articulé autour de l’idée que les Allemands sont barbares. Il n’est pas question de prétendre que ce fut le cas de tous les juristes, loin s’en faut. Mais parmi ces professeurs, avocats, magistrats, certains s’éloignent d’une analyse juridique pour verser dans l’anathème morale. Il n’est pas davantage question d’avancer qu’il s’agit d’une spécificité des juristes. Bien au contraire, on trouve dans maints écrits d’historiens, philosophes, sociologues cette idée que l’ennemi germanique est sauvage et cruel. Mais précisément, les spécialistes du droit ne font pas vraiment partie de ceux qu’on nomme « les intellectuels engagés » qui déploient un effort de guerrepour lire la suite…

La neutralité interrogée

La neutralité interrogée

11 juillet 20189 novembre 2018 Des facultés sur le front du droitLa neutralité interrogée «  Les Allemands, ces barbares  »  : coup d’œil sur l’opinion de certains juristes Le parti pris ici est celui de jeter quelque lumière sur les juristes qui, durant la Première Guerre mondiale, ont relayé un discours hostile à l’Allemagne articulé autour de l’idée que les Allemands sont barbares. Il n’est pas question de prétendre que ce fut le cas de tous les juristes, loin s’en faut. Mais parmi ces professeurs, avocats, magistrats, certains s’éloignent d’une analyse juridique pour verser dans l’anathème morale. Il n’est pas davantage question d’avancer qu’il s’agit d’une spécificité des juristes. Bien au contraire, on trouve dans maints écrits d’historiens, philosophes, sociologues cette idée que l’ennemi germanique est sauvage etpour lire la suite…

Des facultés sur le front du droit

Des mobilisations dans la guerre du droit

Institutions dans la Grande Guerre, les facultés de droit contribuent lourdement au conflit par les hommes envoyés au front. Elles prennent aussi leur part dans le combat des idées. Figures de proue de cet engagement, les doyens des facultés développent un discours mobilisateur devant leurs jeunes étudiants. Le droit est alors une arme dressée contre l’ennemi. Il est antinomie de la guerre. Loin d’être les seuls à porter le drapeau du droit, les doyens s’inscrivent dans un environnement où la doctrine juridique traite également du conflit dans ses différentes dimensions et implications. Efforts de propagande ou engagements diplomatiques, controverses juridiques ou choix de sujets de thèses sont autant de voies par lesquelles professeurs et étudiants investissent la guerre. La guerre des juristes La neutralité interrogéepour lire la suite…

Portraits de professeurs

La faculté de droit de Louvain : les professeurs en guerre

À la veille de la guerre, en 1914, la faculté de droit de Louvain compte quinze enseignants en activité. S’y ajoutent deux professeurs émérites. Une partie de ces professeurs exerce une autre activité que l’enseignement. Ils sont, pour une partie d’entre eux, engagés au sein du Parti catholique et le cumul avec l’exercice d’un mandat politique, au niveau local ou national, ou avec un poste ministériel est assez fréquent. La guerre affecte donc leurs activités à plusieurs titres. L’entrée en guerre et les événements d’août 1914 touchent de manière particulièrement brutale la ville de Louvain, et l’université plus encore. Le 2 août 1914, l’Allemagne transmet un ultimatum au gouvernement belge. Moins de quarante‑huit heures plus tard, les premières habitations sont incendiées près de la frontière allemande. Le 5 août,pour lire la suite…

Portraits de professeurs

Gloire et mémoires de Louis Boulard (1877-1914)

À l’été 1914, tout se conjugue pour faire de Louis Boulard un homme heureux sur tous les plans. Le cursus universitaire est sans faille. Après un doctorat soutenu à la faculté de droit de Paris en 1902, récompensé par un prix de thèse, il s’inscrit au barreau, tout en assurant des conférences dans ladite faculté. En 1907, il est nommé à Lille en suppléance du professeur André Giffard, envoyé en mission, et assure ses enseignements d’histoire du droit. D’emblée, Boulard s’impose comme un excellent pédagogue. En témoigne l’appréciation particulièrement élogieuse que porte le doyen Pilon, dont l’indulgence n’est pas la principale vertu, à l’issue de cette première année à Lille. Soulignant son érudition et son dévouement, il lui prédit un avenir brillant  : «  M. Boulard sera un professeurpour lire la suite…